Modelage et psychose : de la matière brute à sa mise en forme
Université Lumière Lyon 2
École doctorale : Éducation, Psychologie, Information, Communication
Institut de Psychologie
Modelage et psychose : de la matière brute à sa mise en forme.
Sensorialité, travail de l’archaïque et symbolisation.
Par Béatrice REY
Thèse de doctorat de Psychopathologie et Psychologie clinique
Sous la direction de Bernard CHOUVIER
Soutenue publiquement le 10 décembre 2010
Devant un jury composé de :
Bernard CHOUVIER, Professeur des universités, Université Lyon 2
Guy GIMENEZ, Maître de conférences HDR, Université Aix-Marseille 1
Christian GUERIN, Maître de conférences, Université de Nîmes
Anne BRUN, Professeur des universités, Université Lyon 2
Patricia ATTIGUI, Professeur des universités, Université Paris 10
Contrat de diffusion

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Remerciements

- A Boris, Samuel, Louise, Ernesto, Paul et Maria mais encore Victor et Elsa, qui sont les patients du dispositif thérapeutique présenté dans ce travail et à tant d’autres parmi ceux rencontrés ailleurs. Avec ou sans communication verbale, du tumulte bruyant et parfois halluciné de leurs tourments, ou encore de l’aridité de l’apparent « désert psychique » où ils m’apparaissaient être coincés, chacun m’a appris à devenir psychologue et développer les qualités de patience et d’humilité, de malléabilité et de créativité préalables à toute rencontre thérapeutique.

- A Monsieur le Professeur Bernard Chouvier, qui m’a guidée avec une grande bienveillance à travers ce parcours de recherche, me permettant d’élargir toujours plus l’horizon de mes questionnements par ses apports cliniques, théoriques, ainsi que sa passion pour transmettre et partager son savoir.

- Un remerciement tout particulier à Laure Entresangle, éducatrice spécialisée, qui a bien voulu partager avec moi l’expérience de ce dispositif avec la sensibilité ainsi que les qualités de présence et de réflexion qui sont les siennes auprès de ce public particulier.

- J’adresse un clin d’œil très complice à ma grand-mère Eugénie. Après avoir pratiqué passionnément son travail de sage-femme pendant quinze années, elle avait choisi de devenir kinésithérapeute en institution, auprès des enfants polyhandicapés, autistes et psychotiques. Elle a apprivoisé ces corps souffrants, distordus, aux limites mal ressenties et si peu ancrés dans le réel, modelant de ses mains leurs blessures pour les soigner. Elle m’a surtout témoigné une confiance inconditionnelle et transmis cette émulation passionnée mais non moins rigoureuse dont elle avait le secret, et serait très fière de l’aboutissement de ce travail.

- A Audrey Valade, psychologue et amie de toujours, pour ses précieuses relectures et remarques pertinentes, avec la sensibilité et la singularité de l’attention qui sont les siennes aux personnes autistes et psychotiques, et pour avoir suivi et compris ce parcours.

S. Freud nous indique en 1923 que :
‘« Rien n’est dans la pensée qui ne fut d’abord dans les sens. »’

René Kaës, en 1976, écrit :
‘« Nous venons au monde par le corps et par le groupe, et le monde est corps et groupe. »’

Camille Claudel écrivant à Rodin en 1886 :
‘« Il me semble que je suis si loin de vous ! Et que je vous suis complètement étrangère ! Il y a toujours quelque chose d’absent qui me tourmente. » ’
Avant-propos

Avant d’entrer dans le cœur du sujet de notre recherche et afin de mieux en introduire le propos, il nous apparaît nécessaire d’en préciser brièvement les points d’origine et de souligner qu’il s’agit d’abord et avant tout d’une « thèse praticienne. »

Le travail clinique, dans le moment de la rencontre avec les sujets, et celui propre à la recherche dans le cadre de l’université se sont enrichis l’un de l’autre, parfois dans un mouvement d’écho, mais aussi d’interrogation, par la mise en relation et en tension des données propres à chaque champ, permettant la modélisation d’hypothèses, pour un peu presque comme si un sculpteur rencontrait un psychanalyste. Le premier serait un « bâtisseur » qui s’affronte à la matière qu’il modèle (molle ou dure, granuleuse et parfois charnelle ), confronté aux lois de la gravitation et à celles du volume dans l’espace. Le second rechercherait en cette matière la substance psychique susceptible de la rendre malléable, subjective et singulière, adressée à un autre qui la transformerait à son tour, donc matière à symboliser, au carrefour de l’intime et de l’universel.

Notre travail porte sur les processus psychiques de symbolisation, au cœur des investigations psychanalytiques actuelles. Au sujet de la symbolisation, B. Chouvier (2002) souligne :
‘« Ses enjeux dépassent de beaucoup la seule construction théorique, car elle occupe une place privilégiée au sein des pratiques cliniques elles-mêmes. C’est cette liaison étroite entre la recherche élaboratrice conceptuelle et les applications directes de terrain, sous toutes leurs formes, qui me parait constituer la spécificité de notre démarche commune, par-delà les diversités et les différences »1.’

Lors de mon cursus universitaire, dont l’aboutissement était alors l’obtention du diplôme de psychologue, j’avais développé un intérêt particulier pour les pratiques thérapeutiques qui utilisent des médiations artistiques (en particulier la peinture, mais aussi le modelage, le collage, la gravure, ou encore le théâtre), dans des lieux de soin avec des personnes atteintes de troubles graves de la personnalité (psychoses et états-limites). Ce questionnement trouvait des points d’étayage à travers des expériences de stages, des rencontres avec des praticiens partageant ce même intérêt, des lectures, colloques et conférences. Également, il allait trouver des points d’ancrage à travers l’écriture d’un mémoire de fin d’études sur le thème de la peinture utilisée comme médiation thérapeutique avec des patients psychotiques accueillis en hôpital de jour, puis enfin un autre travail, portant cette fois-ci sur le modelage, dans le cadre d’un DEA de psychopathologie et psychologie clinique2.

Je portais aussi une attention particulière aux écrits et aux travaux qui traitent de la création artistique, aux œuvres de certains auteurs, peintres, sculpteurs et plasticiens qui touchent ma sensibilité.

Dès lors, le questionnement qui constitue le creuset de ce travail de recherche, s’il ne peut que se « limiter » à la problématique qu’il aborde et traite, a trouvé des résonances dans ce qui l’a « baigné », étayé et élargi.

Ainsi, ce sont aussi des effets de rencontres à travers leurs œuvres avec des auteurs comme Marguerite Duras, Henri Michaux, Antonin Artaud, Samuel Beckett, des artistes tels Camille Claudel, Francis Bacon, Bram Van Velde ou encore Frida Kahlo, et tant d’autres découverts au gré de ces rencontres, qui ont constitué « le lit » du désir de cette recherche.

Dans le même temps, j’expérimentais personnellement et en solitaire la découverte et la pratique de la peinture à l’huile et du modelage.

Mon interrogation au sujet de la médiation thérapeutique en était alors à ses balbutiements, pas encore incarnée. Il faudra que mon intuition prenne forme à travers une matière et une rencontre, et que je trouve un terrain d’exercice me permettant de l’inscrire dans un dispositif thérapeutique.

Cette rencontre va se produire, lorsque mon métier va m’amener à travailler avec des personnes autistes et psychotiques, et c’est ce que nous allons dès à présent aborder.
Notes
1.

CHOUVIER B. (2002), Le médium symbolique in CHOUVIER B. et al., Les processus psychiques de la médiation. Créativité, champ thérapeutique et psychanalyse, Paris, Dunod, 286 p, pp. 1-7.
2.

REY B. (2003), De l’empreinte au symbole : une architecture du sensoriel. A propos d’un travail de symbolisation primaire dans un dispositif de médiation par la sculpture, DEA de psychologie et psychopathologie clinique, sous la Direction de Monsieur le Professeur Bernard Chouvier, Université Lyon 2.
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